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  • Observatoire international des droits de la Nature

La reconnaissance de la rivière Magpie/ Muteshekau Shipu comme personne-non humaine

Par Yenny Vega Cárdenas, Présidente, Observatoire international des droits de la Nature

Photo: Crédit Boréal River

Le 23 février 2021, l’Alliance pour la protection de la rivière Magpie/ Muteshekau Shipu (en Innu) en partenariat avec l’Observatoire international des droits de la Nature, ont annoncé la reconnaissance de la personnalité juridique et des droits à cette majestueuse rivière. Cette déclaration, inscrite dans un courant écocentriste qui considère que l’homme n’est plus le «maître » de la Nature, mais une espèce parmi d’autres, implique de reconnaître des valeurs et une dignité intrinsèque à la rivière Magpie, car elle devient dorénavant un sujet de droit.


La rivière Magpie de près de 300 km de long, est située dans le Nitassinan (le territoire ancestral du peuple Innu), dans l’Est du Québec et dans le territoire de la MRC de Minganie. Son nom innu, Mutehekau Shipu, signifie « la rivière où l'eau passe entre des falaises rocheuses carrées ». La rivière Magpie, comme l’exprime Uapukun Mestokosho, jeune leader de la Communauté Innu, est « le Nutshimit : là d’où vient mon sang ». Effectivement, cette rivière fait partie intégrante de la culture et de l'identité distinctive de cette communauté.


Première au Canada, la rivière Magpie, s’est vue attribuer par le biais de deux résolutions miroir, une par la MRC de Minganie et l’autre par le Conseil des Innus de Ekuanitshit, neufs droits : 1) Le droit de vivre, d'exister et de couler ; 2) le droit au respect de ses cycles naturels ; 3) le droit d'évoluer naturellement, d’être préservée et d’être protégée ; 4) le droit de maintenir sa biodiversité naturelle ; 5) le droit de maintenir son intégrité ; 6) le droit de remplir des fonctions essentielles au sein de son écosystème ; 7) le droit d'être à l'abri de la pollution ; 8) le droit à la régénération et à la restauration ; 9) le droit d’ester en justice.



Des gardiennes et des gardiens de la rivière, avec des fonctions bien spécifiques et détaillées, seront bientôt nommé(e)s pour veiller à la protection des droits reconnus à la rivière MagPie/Muteshekau Shipu. Cette déclaration s’inscrit dans un mouvement mondial de changement de paradigme lequel propose une importante transformation dans les catégories d’« objet » et de « sujet », faisant de la Nature non plus l’objet de la protection, mais le titulaire.


À propos de cette première, David Boyd, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme et l’environnement, considère que:


« la reconnaissance des droits de la rivière Magpie est un percée juridique révolutionnaire au Canada. Cette étape innovatrice indique un profond désir de guérir notre relation endommagée avec le reste du monde naturel, et une reconnaissance de l'importance d'intégrer les concepts juridiques autochtones dans le système juridique Canadien. » David Boyd, Rapporteur spécial, ONU.

L’équipe de l’Observatoire international des droits de la Nature partage totalement les propos du Rapporteur quand il dit: « J’espère que cette étape de reconnaissance des droits de la Nature est la première de nombreuses actions similaires au nom des rivières, des lacs, des montagnes et d'autres merveilles écologiques dans ce beau pays que nous avons la chance d'appeler chez nous.».


Maude Barlow, ancienne présidente du Conseil des Canadiens, et ancienne conseillère principale en matière d’eau auprès du président de l’Assemblée générale des Nations Unies, soutient avec brio la première reconnaissance d’une personnalité juridique et des droits à une rivière au Canada. À ce sujet elle affirme:

« Il s'agit d'une étape très importante et d'un merveilleux exemple des valeurs et du leadership autochtones qui se conjuguent avec le mouvement mondial pour reconnaître les droits de la Nature. Les gens regarderont cela de partout dans le monde. » Maude Barlow.

Renommée à l'échelle internationale la rivière Magpie – Muteshekau Shipu se classe parmi les dix meilleures rivières au monde pour les activités en eau vive. Elle revêt une importance fondamentale pour le bien-être environnemental, social et économique des tous les résidents de la MRC de Minganie et possède un potentiel reconnu pour le tourisme d’aventure.

Tel que l’expose Pier-Olivier Boudreault, Directeur de la conservation et responsable de la campagne pour la protection de la rivière Magpie à la SNAP-Quebec, « La rivière Magpie est un joyau international que nous devons absolument protéger. La reconnaissance des droits de cette rivière majestueuse est une démonstration du leadership de la

Première Nation Innue et des municipalités de la Minganie pour la protection de la Nature ».

Photo: crédit SNAP-Québec


L’équipe de l’Observatoire international des droits de la Nature, ayant contribué à la rédaction des deux résolutions miroirs, est reconnaissant de la précieuse contribution des chercheurs associés de l’Observatoire, experts en droit de la Nature et en matière de droit autochtone, ainsi que de la collaboration des étudiants et stagiaires en droit associés audit projet. Il s’agit d’un travail collaboratif, non seulement pour faire évoluer le droit, mais aussi pour améliorer notre rapport avec la Nature.


Le texte des résolutions sont accessibles via les liens suivants : pour le Conseil de Ekuanitshit : http://files.harmonywithnatureun.org/uploads/upload1072.pdf et pour la MRC de Minganie : http://files.harmonywithnatureun.org/uploads/upload1069.pdf


L’OIDN est fier d’avoir participé au changement de paradigme qu’implique ne plus considérer la Nature comme un simple « objet » qui peut être exploité, mais comme un « sujet de droit » qui doit être respecté et protégé pour les générations futures, humaines et non humaines.


OIDN, Yenny Vega Cárdenas (c) 6 mars, 2021.



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